Tortue luth : Description, habitat, comportement

tortue luth poids

C’est la plus grande de toutes les tortues marines, mais c’est aussi la plus grande de toutes les tortues du règne animal. Elle dépasse même en taille les tortues géantes des Galápagos. C’est clairement l’une des plus belles créatures de la planète, et elle a des particularités assez étonnantes par rapport aux autres tortues.
On sait beaucoup de choses sur cet animal dont les femelles rejoignent les plages pour pondre, mais on ignore tout de même une grosse partie de ses habitudes de vie en pleine mer.

Tortue Luth : Description

La tortue luth n’est pas seulement la plus grosse tortue du monde, mais elle est aussi l’un des plus gros reptiles. Seuls 3 types de crocodiliens sont plus imposant. En moyenne, elle pèse 450 kg, pour une longueur comprise entre 180 et 200 cm. Des tortues luth bien plus imposantes ont été observées, le record étant de 950 kg.

Elle a pour particularité d’avoir une dossière, mais pas une carapace comme celles des autres tortues. Sur le dos, une peau assez fine vient couvrir un tissu saturé de graisse, le tout a plutôt l’apparence du cuir. Sa couleur varie du gris bleu au noir bleuté, et on trouve généralement des taches blanches, crème ou parfois roses, sur l’ensemble de son corps. Le ventre, qu’on nomme aussi plastron, est blanc ou légèrement rosé.

Cette tortue n’a pas la possibilité de rentrer la tête et les pattes dans sa carapace. Elle ne possède pas d’écaille sur la tête ou les pattes, ni de griffes sur les membres antérieurs ou postérieurs, ce qui est unique chez les tortues marines. La tête est assez massive et munie d’un bec triangulaire sur chacune des mandibules.

La dossière bien ronde sur l’avant et termine en pointe sur l’arrière. La queue reste toujours protégée. Sa forme généralement est vraiment aérodynamique, et les membres antérieurs font environ la moitié de la longueur du corps.

Le mâle se distingue de la femme grâce à son plastron incurvé, qui permet pendant l’accouplement de monter sans problème sur sa partenaire. Il possède également une queue plus longue, qui sort d’une quinzaine de centimètres de l’éperon supracaudal. Il n’y a pas de différence de couleur entre un mâle et une femelle. Pour différencier les animaux, on s’aide des différentes tâches rosées qui parcourent le corps ou la tête.

 

tortue luth description

 

L’habitat

On trouve la tortue luth sur l’ensemble des mers et des océans tropicaux, subtropicaux et tempérés de la planète. Elle est présente en mer Méditerranée, mais aussi en mer du Nord ou encore en mer Rouge. En Afrique du Sud et en Australie, on la croise très souvent, ainsi que sur les côtes de l’Argentine ou du Chili. Plus étonnant, elle se promène parfois dans les eaux froides de l’Alaska en Amérique du Nord. Cette tolérance au froid s’acquiert, semblerait-il, avec l’âge, puisqu’on ne croise que des spécimens adultes dans les eaux les plus froides.

C’est une tortue qui migre énormément et parcourt de grandes distances. Ainsi, elle va rejoindre les eaux tropicales pour s’accoupler, puis elle ira vers les eaux plus froides là où elle trouvera de la nourriture en abondance.

On sait aussi qu’elle préfère les eaux profondes aux zones côtières. C’est une incroyable plongeuse, puisqu’elle peut rester plus de 80 minutes en immersion et descendre jusqu’à plus de 1 300 m de profondeur. Cependant, lorsqu’elle s’approche des cotes, et quelle reste prés de la surface, alors elle remonte pour respirer toutes les 5 à 10 minutes environ.

Comportement de la tortue luth

Comme la plupart des tortues marines, la tortue luth passe ses premières années à proximité des coraux, dans des eaux peu profondes, afin d’échapper aux prédateurs. Elle se nourrit alors de petit crustacés, mais également d’algues. C’est une fois adulte qu’elle va entreprendre des migrations plus longues. Ses membres antérieurs plutôt imposants, accompagnés de muscles pectoraux puissants, lui permettent de nager rapidement, avec une belle agilité. Elle peut atteindre sous l’eau, une vitesse de 30 km/h environ, même si elle nage généralement en dessous des 10 km/h pour ses migrations.

Son appareil digestif lui permet de manger des poissons, des mollusques, des éponges et divers crustacés, ainsi que quelques algues marines. Cependant, elle va autant que possible se tourner vers les méduses, qui sont faciles à chasser et simple à manger. En effet, le bec de la tortue luth n’est pas très efficace pour broyer les carapaces ou les parties dures de certains poissons ou crustacés. Les méduses sont tendres et gélatineuses et la tortue luth ne craint pas ses piqûres.

En moyenne, elle va ingurgiter environ 50 méduses de grosse taille, en 10 heures de chasse chaque jour. Cela représente une dizaine de kilos de protéines.

 

tortue luth nourriture

 

L’accouplement et le nid

Les images de l’accouplement de deux tortues luth sont relativement rares. On pense que les accouplements se produisent plutôt dans les eaux tropicales, pas très loin des plages où les femelles iront pondre, mais rien n’est réellement sûr. Un mâle peut s’accoupler avec plusieurs femelles la même saison.

Le travail du mâle s’arrête là, il n’enverra même pas de fleurs à sa compagne pour la remercier de la nuit passée ensemble… Pendant ce temps, pour la femelle, le plus dur commence. On ne sait pas combien de temps après l’accouplement la femelle est en mesure de pondre. On sait en revanche qu’elle peut effectuer au moins 4 pontes avec une unique fécondation. Certains scientifiques ont observé une femelle réalisant 17 pontes, toutes espacées d’une dizaine de jours.

La ponte, un travail immense

Les pontes ont lieu de mars à juillet dans l’océan atlantique, et de septembre à mars dans l’océan pacifique. La ponte se déroule généralement sur une plage, de nuit et à marée haute. Il n’y a pas moins de 7 phases pour terminer correctement le boulot, un vrai travail de titan :

  • L’ascension : La femelle rejoint la plage et monte d’une dizaine de mètres, voir plus, à proximité de la végétation. Elle met environ 10 minutes à sortir de l’eau et rejoindre l’endroit de sa ponte.
  • Le balayage : Avec ses membres antérieurs, elle nettoie la zone et balaye le sable. Cela prend entre 15 et 20 minutes.
  • Creuser : Elle va ensuite creuser un trou, entre 60 et 80 cm de profondeur, à l’aide de ses pattes arrières. Il faut entre 25 et 35 minutes pour creuser correctement son trou.
  • La ponte : La femelle évacue les œufs de son cloaque progressivement. Ils sortent par 2 ou par 3, à une fréquence assez rapide. Une tortue luth va pondre entre 50 et 180 œufs en une dizaine de minutes. Les œufs sont bien ronds, d’un diamètre de 5 cm environ.
    La ponte est ponctuée par le rejet d’une certaine quantité d’œufs plus petits et avec des formes diverses. Ils représentent environ 40 % de la ponte totale et ne se développeront pas. On peut supposer plusieurs utilités à ça. La première est de faire office de leurre, un prédateur va se servir parmi les premiers œufs et laissera ceux qui sont enterrés plus profondément. La deuxième est qu’ils permettent de maintenir un certain niveau d’hydrométrie, ils se dessèchent progressivement, alors que les œufs fécondés restent bien hydratés.
  • Le rebouchage : la tortue luth recouvre les œufs avec du sable avec ses pattes arrières. Elle va ensuite utiliser ses pattes avant pour correctement le tasser. Cela prend 15 minutes environ.
  • Le camouflage : La tortue va pivoter sur elle-même, on pense que c’est pour cacher son passage et faire en sorte que la plage retrouve le même aspect qu’avant son arrivée. Cette étape peut durer 20 à 30 minutes
  • Le retour à l’eau : Enfin, la tortue luth va rejoindre en 10 minutes, après énormément d’efforts, son océan. Certaines tortues tournent un peu en rond, et fond des boucles, avant de se remettre à l’eau, on ignore pourquoi.

 

tortue luth ponte

 

Une naissance compliquée

Plus de 1000 œufs par an peuvent être pondus par une unique tortue luth. Les nids sont abandonnés, et on ne sait pas si les mères savent reconnaître leur progéniture quelques années plus tard lors d’une rencontre fortuite.

Quoi qu’il en soit, les œufs subissent une incubation naturelle, qui va durer entre 60 et 80 jour, selon la température extérieure. Plus il fait chaud, plus les œufs vont éclore rapidement. Tous les œufs sont prêts à éclore en même temps, et les petites tortues dont le bec est déjà dur, l’utilisent pour percer la membrane de leur œuf.

En quelques heures, l’ensemble des tortues sont sorties de leurs coquilles, mais elles sont toujours coincées sous plusieurs dizaines de centimètres de sable. C’est alors un travail collectif qui commence. Toutes les tortues vont remuer leurs membres avants, ce qui a pour effet de les faire remonter progressivement.

Les premières sortent la tête du sable, et voient le jour pour la première fois. Deux ou trois têtes, puis tout s’immobilise. Le sable frémit quelques minutes plus tard et on aperçoit alors un nombre de têtes plus important. Certaines tortues sortent alors complètement, laissant derrière elles des cuvettes de plus en plus profondes et de plus en plus difficiles à escalader pour les suivantes.

Très vite, les tortues suivent la pente naturelle qui mène jusqu’à l’eau. C’est un moment risqué, et il arrive que parfois tout un nid soit décimé par un groupe d’oiseau, par quelques crabes ou quelques petits mammifères qui se trouvaient là. Une fois dans l’eau, il faudra affronter les pieuvres ainsi que quelques poissons qui raffolent de ces petites tortues. Au final, très peu arriveront à l’âge adulte.

 

tortue luth ponte

 

Un animal en danger critique d’extinction

La population des tortues luth dans le monde serait réduite à environ 100 000 individus. C’est évidemment très peu. Ce sont les activités humaines uniquement, qui sont responsables de cette disparition. La cause principale de mortalité et l’ingestion de sac plastique. Les tortues luth semblent les confondre avec des méduses, et elles sont incapables de les régurgiter.

La multiplication des filets de pêche fait aussi de nombreux dégâts. Ils ne sont pas destinés aux tortues, mais elles se prennent dedans, notamment lors des pontes quand les femelles veulent rejoindre les plages.

Enfin, dans plusieurs pays d’Amérique centrale ou sud-américain, les œufs de tortues luth sont considérés comme un puissant aphrodisiaque. Des milliers de nids sont alors pillés chaque année. Dans d’autres pays comme le Togo, on utilise la graisse de tortue luth pour lutter contre les rhumatismes, et la carapace sont utilisées dans l’art traditionnel.

Une protection importante, mais insuffisante

Tout un tas de conventions internationales cherchent à protéger les tortues luth. Elle est intégralement protégée en France ou au Canada, où il est interdit de la vendre ou de la chasser. Des études poussées au Canada, ont indiqué que plus de 70 % des tortues luth avaient été décimées lors des 15 dernières années. Le gouvernement estime que si rien n’est fait, l’extinction totale de l’espèce interviendra d’ici 20 ans environ.

Au Gabon, la plage où se regroupe le plus grand nombre de pontes, est protégée depuis 2002 déjà. Le Fond Mondial pour la Nature, propose depuis plusieurs années 4 mesures, suivi par de nombreux pays, pour protéger du mieux possible la tortue luth :

  • Des zones protégées sont créées dans les lieux de pontes.
  • De la prévention pour empêcher le vol des œufs est fait dans ces zones-là.
  • La tortue luth devient un attrait touristique dans plusieurs régions du monde.
  • Réduire l’utilisation des filets de pêche près des côtes.

Les grands groupes pêcheurs sont également mis à contribution, pour accepter du matériel mieux adapté aux tortues, pour qu’elle puisse sortir des filets plus facilement et ainsi réduire les prises accidentelles qui sont une des principales causes de la disparition des tortues luth.